Joyeux Noël aux mal-aimés
« Paroles et paroles et paroles… encore des mots toujours des mots, les mêmes mots ! » chantait Dalida dans sa tristesse d’être, comme certain loup, mal aimée. Quelle est la consistance de tous les beaux messages que l’on s’échange au moment des – parfois un peu désincarnées – « fêtes de fin d’année » ? Il y a certes des mots « tendres et enrobés de douceur » et des « caramels, des bonbons et des chocolats », mais qu’y a-t-il derrière ces amabilités sinon une belle intention et un pic glycémique passager ? Y a-t-il aussi un amour tangible et bien concret ?
Même question pour notre foi : les mots de la Parole de Dieu seraient-ils eux aussi « des mots faciles » et « semés au vent » ? Nous en faisons tous l’expérience, l’amour véritable ne se paie pas de mots, même murmurés à l’oreille et déposés sur le cœur. « Parlez au cœur de Jérusalem : proclamez que son service est accompli, que son crime est expié ! » (Is 40,2) Oui, très bien, mais qui le lui prouvera ? L’amour, requiert des actes en plus des mots, ou bien il s’évanouit. Comme disait Pierre Reverdy : « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».
Or, c’est précisément au moyen d’actes concrets que Dieu se révèle. « La Révélation comprend des actions et des paroles intimement liées entre elles » résume le concile Vatican II. (NB : dans cette formule, les actions passent même avant les mots !) Dieu ne nous adresse pas seulement des paroles du haut du ciel, mais il conduit l’histoire et agit pour notre bien. Il donne des signes : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, c’est-à-dire : Dieu-avec-nous » (Is 7,14). Et il s’engage lui-même : « Dieu a tellement aimé le monde » – qu’il ne s’est pas contenté de le lui dire – mais « qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui […] obtienne la vie éternelle. » (Jn 3,16).
En Jésus, Dieu agit autant qu’il parle. Que la fête de Noël soit la fête de l’amour divin proclamé par les croyants, manifesté dans la chair du Christ et de l’Église et vécu par chacun en acte. Que la fête de Noël soit celle où le loup mal aimé (c’est-à-dire nous-mêmes et notre prochain) devient le mâle aimé !
Joyeux Noël à tous !
Père Alexis Julien-Laferrière, vicaire